Qui suis - je? Mes premières années
Il y a bien longtemps, dans les années 70, je suis ce petit garçon blond qui vit avec son père médecin et sa mère ancienne laborantine, dans la banlieue chic de Delhi, un quartier appelé Greater Kailash.
Devant un temple non loin, il y a un vieillard. Habillé de safran, avec une longue barbe hirsute et des dreadlocks grises attachées en chignon, il reste là, assis en tailleur, les yeux fermés et un sourire discret aux lèvres. Il ne bouge jamais. Un jour, je prends mon courage à deux mains et m'approche de lui.
« Monsieur, Monsieur, ça va ? Pourquoi avez-vous les yeux fermés ? »
Aucune réponse. Mais je suis tenace et, au bout d'une semaine, il entrouvre finalement les yeux. Il me regarde, toujours souriant, et fait un signe de silence avec son doigt, m'invitant à m'asseoir à côté de lui. Intrigué, je m'assieds sans hésiter, espérant en apprendre plus.
Alors qu'il ferme à nouveau les yeux, je reste là, bouche bée, à l'observer pendant bien deux heures. Sa sérénité m'impressionne. Je suis fasciné par son calme, même lorsque des mouches se posent sur lui sans qu'il ne réagisse.
« Monsieur, pourquoi ne parlez-vous pas ? »
Il lève lentement une main, paume vers l'avant, me disant d'attendre. Le lendemain, je reviens le voir, toujours aussi curieux. Cette fois, j'obtiens enfin une réponse :
« Tu veux savoir ce que je fais ? J'écoute. »
« Qu'écoutez-vous ? »
« J'écoute la vie, la mienne, la tienne, celle du monde. J'écoute la vie qui est en moi et autour de moi. On appelle cela être. »
Je cours raconter tout cela à mes parents, temporairement satisfait par cette réponse. Les jours passent, mais ma fascination pour le vieillard et ses mystères ne diminue pas. Comment mange-t-il ? Quand dort-il ? Plus le temps passe, plus mes questions se multiplient.
C'est ainsi que ce vieillard a commencé à m'enseigner l'art d'écouter la vie et les bases de la méditation. « Quant à la motivation, essaye et tu verras le résultat, ne cherche pas la motivation. »

Bien des années plus tard, je me retrouve en Suisse, contre ma volonté, car mon père a reçu une promotion et s'est vu attribuer un bureau à Genève, siège mondial de l'OMS. C’est un moment très difficile, arraché à la chaleur indienne et propulsé en plein hiver à Genève, où règnait alors deux mètres de neige.
Pour apprendre le français et mieux m'intégrer, mon père m'a inscrit dans une école privée.
Cette période a été particulièrement difficile, voire traumatisante pour moi, qui avais appris le respect de toute forme de vie. Je me retrouvais soudainement avec des camarades de classe qui s'amusaient à brûler des fourmilières entières avec une loupe. Je rentrais chez moi en larmes, croyant avoir été placé dans une école d'assassins, de génocidaires en herbe.
L'adaptation à la culture européenne a été très difficile. Sans mon « petit vieux » pour me guider, j'en oubliais complètement ce que j'avais appris.
Les années passent et je deviens un adolescent turbulent, trop turbulent, un adolescent « à problèmes » avec des remarques dans ses carnets scolaires telles que : « est trop distrait », « distrait trop les autres », « est trop excité », « n'écoute pas ce qu'on lui dit », etc.
Ma mère, sans me consulter, m'inscrit alors à un cours de relaxation où l'on enseigne une technique connue sous le nom de « technique du docteur Schultz ».
Dès le premier cours, à ma grande surprise, je plonge rapidement dans un état méditatif profond au point que la maîtresse a beaucoup de peine à me ramener à la réalité à la fin du cours. Elle me dit :
- « tu t'es endormi ? »
- « absolument pas, je ne dormais pas ».
Accusé de mentir et moqué par mes camarades, je souris en me souvenant de tout ce qu'on m'avait enseigné auparavant. Ce fut le début d'une nouvelle ère pour moi.
Découvrant à quelle vitesse foudroyante je pouvais entrer en méditation, je ressentais parfois mon corps se détacher, comme si mon « fantôme » flottait au-dessus de moi.
Bien qu'au début, j'avais très peur, je trouvais cela fascinant. Pendant de nombreuses années, le soir avant de m'endormir, je laissais mon « fantôme » flotter à droite et à gauche, visiter la face cachée de la lune, voir mes parents.
Bref, c'était une période merveilleuse, remplie d'expériences innocentes et bienveillantes avec ce pouvoir acquis.
Durant toute cette période, mon père a toujours veillé à mon éducation religieuse. Dès mon plus jeune âge, il s'est assuré que je sois familiarisé avec les préceptes du judaïsme, de l'islam et des divers courants chrétiens, saupoudrés de l'enseignement bouddhiste. - "Je ne te baptise pas, car je veux que tu choisisses ta religion en toute connaissance de cause." disait-il souvent.
J'ai donc été familiarisé avec « l’octuple vérité » ainsi qu'avec les « cinq obstacles à une vie épanouie » : la paresse, le doute, la convoitise, l'agitation et la colère.
En bon adolescent, pensant avoir tout compris de la vie, je prenais des raccourcis « logiques » selon ma perception du moment. Je m'attachais à contrôler les « cinq obstacles » en faisant abstraction de « l’octuple vérité ». Je me disais : puisque ce sont les 5 obstacles à une vie épanouie, je vais simplement les ignorer ou les étouffer. C’est ce que je fis.
Pendant toute mon adolescence, je m'efforçais de mettre sous cloche les « cinq obstacles » tout en poursuivant mes voyages astraux grâce à mon secret.
Je ne parlais ni à mes parents ni à quiconque de mes « voyages » (ce que plus tard j'apprends être des voyages astraux) de peur de passer pour un fou.
Un détail important que je n'ai pas encore mentionné est mon handicap : je suis sourd de l'oreille droite depuis ma naissance.
Non seulement je suis sourd d'une oreille, mais depuis mon arrivée en Europe, j'ai souffert de douloureuses otites à répétition. À tel point que pendant des années, je n'entendais presque rien des bruits de la vie. Ce n'est qu'à mes 12 ans que j'ai perçu pour la première fois le chant des oiseaux !
Ce n'est qu'en suivant la sophrologie du docteur Schultz que j'ai enfin trouvé un refuge grâce à la méditation, me permettant d'obtenir un répit dans ma douleur lorsque mon oreille me faisait tellement souffrir.
Qui dit adolescence, dit aussi premier amour, première rupture et première perte d'innocence.